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21/11/2018 - LAURENCE BLONDEEL

LE VERRE FEUILLETE A LA RESINE REUNIT LE MEILLEUR DE DEUX MONDES

hars gelaagd glas
Le verre feuilleté à la résine est souvent utilisé pour diffuser la lumière de plusieurs lampes sur une grande surface.

DE NOMBREUSES POSSIBILITES ET APPLICATIONS

Souvent, le laminage du verre constitue la base de ses valeurs ajoutées tech­niques, mécaniques, acoustiques et esthétiques. Autant de caractéristiques con­tradictoires pour un matériau par ailleurs dur et transparent, mais également très fragile de par son ADN. Le laminage permet plein de choses et offre un éventail de possibilités supplémentaires moyennant un intercalaire adéquat. L’application de résine coulée ouvre la porte à des restaurations et à du travail de soufflage arti­sanal, créant ainsi plusieurs ponts techniques qui étaient impossibles autrefois.

VERRE TREMPE ET VERRE FEUILLETE

Outre la trempe thermique, le laminage est de loin l’optimisation la plus déterminante pour les panneaux en verre. La trempe implique un traitement thermique jusqu’à environ 600 °C et multiplie par cinq la résistance mécanique. Un avantage supplémentaire du verre trempé est son comportement en cas de rupture: il ne fait quasiment pas d’éclats et se décompose en gros morceaux. La combinaison de la trempe et du laminage offre un aspect de sécurité supplémentaire en cas de bris de verre. En effet, les fragments restent dans le panneau d’origine, car ils sont maintenus par la couche intermédiaire. Des exemples célèbres sont les pare-brises auto­mobiles et bien sûr les balustrades et les clôtures en verre pare-balle et autre verre de sécurité.

Hars gelaagd glas muur

Le verre feuilleté peut être au plafond, en guise de lanterneau, ou dans une paroi de séparation

LAMINAGE

Un panneau en verre laminé se compose d’au moins deux feuilles de verre séparées par une couche intermédiaire en plastique ou inter­calaire. La couche inter­médiaire la plus couramment appliquée est le PVB, ou PolyVinylButyral, qui est placé entre les deux feuilles de verre sous la forme d’un panneau solide. Sous l’effet d’un traitement thermique à haute pression, les deux feuilles de verre sont collées intimement. Cette méthode sandwich permet d’assembler jusqu’à six feuilles de verre, voire plus. Sur le plan purement technique, il est possible d’utiliser la plupart des sortes de verre. Mais en réalité, il faut tenir compte de la nature et de l’homogénéité de la surface du verre: les deux feuilles de verre doivent présenter à un endroit arbitraire une surface lisse ainsi qu’une épaisseur uniforme. Sinon, on n’obtient qu’un collage partiel, voire une rupture, lorsqu’on presse les deux feuilles l’une sur l’autre. Cela illustre d’ailleurs la faiblesse du laminage avec du PVB: il est impossible avec du verre irrégulier, côtelé ou avec des cavités. 

RESINES A COULER

L’appellation ‘résine à couler’ recouvre une gamme complexe de types de résine variés. Une grande partie est très fréquente dans l’électronique, alors que seules les résines plus spécifiques sont également appliquées pour le laminage. Concrètement, en fonction du principe de durcissement, on distingue plusieurs systèmes: il y a entre autres les systèmes à deux composants, les systèmes à trois composants ainsi que les formulations basées sur la polymérisation UV. En outre, les résines à couler sont couramment proposées ‘sur mesure’: il s’agit alors de mélanges très spécifiques qui sont développés en fonction d’une demande particulière. Certains systèmes permettent, par exemple, de combiner du verre et du PC (polycarbonate).

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Une verrière authentique en verre américain de quel­ques millimètres d’épaisseur

VERRE FEUILLETE A LA RESINE

Contrairement au processus impliquant du PVB, l’application de résine est effectuée à l’état liquide. Après avoir nettoyé les deux feuilles de verre, on les positionne correctement. Sur le côté, on applique alors des écarteurs destinés à garantir la bonne épaisseur du film. En règle générale, on utilise un adhésif double face. Une fois que tout est prêt, on fait couler la résine de manière contrôlée entre les deux feuilles de verre. Il s’agit d’une étape délicate: l’écoulement est souvent long et avec des épaisseurs de film proches des valeurs capillaires, la désaération est tout sauf évidente. Un durcissement lent et homogène finalise le procédé et équivaut à une réticulation en 3D de la résine synthétique entre les deux plaques de verre. On obtient donc une adhérence chimique optimale. On utilise beaucoup de résines acryliques qui durcissent sous rayonnement UV. Lors de la mise en œuvre, elles possèdent une viscosité très intéressante et par la suite, sous l’effet des rayons ultra­violets, elles arrivent progres­sivement à une réticulation, sans saturation par zone. Ainsi, la réticulation à la fin du processus est toujours totale.

ARTISANAT

Le ‘feuilletage’ du verre à la résine constitue une activité de niche impliquant un degré élevé de travail manuel-artisanal et nécessitant un savoir-faire professionnel très spécifique. Surtout pour maîtriser l’épaisseur de la couche intermédiaire finale. Ce processus nécessite beaucoup plus d’heures de travail que les techniques de laminage classiques. Jusqu’à présent, on n’a pas encore trouvé d’alternative automatisée pour le procédé à la résine, essentiellement parce qu’il s’agit de travail sur mesure dans presque tous les cas. En principe, avec les vitrages destinés aux appli­cations de sécurité, on utilise toujours le même type de résine, qui présente de bonnes caractéristiques acoustiques: la résine acrylique citée tourne autour de 32 dBA, mais en fonction du type de résine, d’autres valeurs sont possibles. Il est aussi parfaitement possible de combiner différentes variétés de résine au sein d’un seul laminage, car l’opération s’effectue couche par couche. Une fois durcie, la résine coulée offre des performances de sécurité répondant aux classes P4A, P6B et P7B, entre autres.

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Du verre feuilleté appliqué dans une construction d’escalier

RESINE VERSUS PVB

L’application d’une résine comme couche intermédiaire présente plusieurs avantages. Contrairement au PVB, la résine durcie est hydrophobe, ce qui permet d’anticiper la dégradation typique au niveau des bords (un point noir du PVB). Autrement dit, on n’obtient pas de délaminage latéral dû à l’humidité. Un autre point fort de la résine est sa clarté finale, qui est remarquablement meilleure que celle du PVB. Mais s’il y a bien un point sur lequel la technique de la résine excelle, c’est dans sa capacité à pouvoir laminer chaque sorte de verre de manière illimitée. Tous les types de verre peuvent être transformés en verre de sécurité ou obtenir, grâce à cette technique, une valeur ajoutée acoustique, esthétique ou thermique. Même les feuilles de verre artisanales irrégulières avec une structure de surface capricieuse, pour lesquelles la technologie PVB doit faire attention à tous les niveaux.

APPLICATIONS

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La technique de la résine coulée est idéale
pour les surfaces imparfaites ou le verre texturé

Le feuilletage à la résine convient particulièrement bien pour chaque surface imparfaite ou pour le verre texturé avec des variations d’épaisseur. Il ouvre une porte vers les travaux de réhabilitation et de restauration de façades classées, par exemple, qui nécessitent absolument de préserver l’aspect authentique des fenêtres. Respecter l’esthétique tout en satisfaisant aux normes en vigueur en matière d’isolation thermique, d’acoustique et de sécurité, s’apparente en principe à une énorme contradiction. C’est justement dans ce genre de combinaisons ‘impossibles’ que la technique de la résine coulée révèle toute sa force. Désormais, il est possible de laminer contre des feuilles de verre décoratives de récupération, souvent soufflées à la bouche, un dos fonctionnel en verre trempé répondant à plusieurs exigences modernes. Si le travail est réalisé correctement, l’intervention est complètement invisible, car ce type de restauration ne concerne généralement pas plus de deux feuilles de verre. Ainsi, la différence d’épaisseur par rapport à l’original se remarque à peine. Sur le plan de la sécurité, la technique permet d’importantes applications dans le cadre de la conservation du patrimoine, par exemple. Nous pensons à des auvents authentiques en verre ou à des verrières: des perles du 19e siècle qui étaient dotées à l’époque de verres américains simples … d’à peine quelques millimètres d’épaisseur. La législation actuelle est claire: dans ces cas-là, c’est la norme NBN EN 356 ‘Vitrage de sécurité dans les bâtiments’ qui est en vigueur, et on exige pour la protection des passants un verre de sécurité de classe P4A. Ici aussi, la technique à la résine peut faire la différence, car elle permet de renforcer les éléments en verre fragile avec du verre de sécurité laminé, si bien que l’architecture classique répond aux normes actuelles sur le plan technique.