Nombre record de faillites dans la construction
Le secteur met en garde contre des coûts élevés et des marges structurellement faibles
Le secteur belge de la construction a clôturé l'année 2025 avec un nombre record de faillites. Au total, 2.780 entreprises de construction ont fait faillite. C'est 6,1% de plus qu'en 2024 (2.619), année où le nombre de faillites était déjà exceptionnellement élevé. Bouwunie et Embuild avertissent que la rentabilité et la résilience financière des entreprises de construction sont soumises à de fortes pressions.
Bouwunie : accumulation des coûts et incertitude politique
Bouwunie parle d’une situation historiquement exceptionnelle. « Ces chiffres sont sans précédent », déclare Twain De Hondt, conseiller général de Bouwunie. Il rappelle que le nombre de faillites est resté inférieur à 2 000 entre 2014 et 2020 et que la baisse observée durant les années Covid-19 s’explique, selon l’organisation, principalement par les mécanismes de protection mis en place par les pouvoirs publics à l’époque. Par la suite, de nouveaux records se sont succédé.
Selon Bouwunie, la crise résulte d’une succession de chocs : d’abord la flambée des prix des matériaux de construction après le déclenchement de la guerre en Ukraine, ensuite la crise énergétique et les fortes indexations salariales. S’y ajoute une incertitude prolongée concernant les mesures fiscales et de soutien, notamment le taux de TVA réduit pour la démolition et la reconstruction, ainsi que l’évolution des primes à la rénovation. Twain De Hondt résume : « toutes les conditions sont réunies pour un désastre ».
Bouwunie estime que la construction neuve est particulièrement touchée, mais constate que les entreprises de rénovation rencontrent elles aussi des difficultés croissantes et que même des sociétés actives depuis des décennies commencent à ressentir la pression.
Bouwunie souligne également le rôle du nombre élevé de nouveaux entrants ces dernières années. Pendant la période Covid-19, la construction est restée l’un des secteurs autorisés à poursuivre ses activités, ce qui a stimulé l’arrivée de nouveaux entrepreneurs. Dans ce contexte, les faillites sont statistiquement plus fréquentes, surtout lorsque la conjoncture se dégrade et que les réserves financières font défaut. L’organisation plaide dès lors pour renforcer la professionnalisation au démarrage : « un minimum de connaissances en gestion d’entreprise et en calcul du prix de revient est indispensable avant de se lancer ».
Parmi les signaux d’un refroidissement plus large, Bouwunie cite la baisse du nombre de permis de construire et l’évolution de l’emploi : depuis 2021, environ 7 000 ouvriers auraient disparu du secteur, selon l’organisation. Comme point positif, Bouwunie mentionne que la Banque nationale s’attend à une reprise ou à une normalisation des investissements résidentiels d’ici le début de 2027, même si elle serait plus lente qu’anticipé.
Embuild : sensible à la conjoncture, marges faibles et coûts fixes élevés
Embuild met également en évidence la vulnérabilité du secteur, en soulignant sa sensibilité à la conjoncture et la pression structurelle sur la rentabilité. « Le secteur de la construction et de l’installation a toujours été très dépendant de la conjoncture économique générale », déclare Niko Demeester, CEO d’Embuild. Dans un climat économique plus difficile, les projets sont reportés ou annulés, ce qui pèse sur le chiffre d’affaires et la trésorerie. Embuild pointe un problème structurel : de nombreuses entreprises travaillent avec de faibles marges bénéficiaires, tandis que les charges restent élevées. Niko Demeester conclut : « Cela rend notre secteur particulièrement exposé aux faillites ».
Embuild s’attend par ailleurs à ce que la croissance du secteur reste très limitée en 2026, à 0,2 %. Les gouvernements fédéral et régionaux devraient donc déployer de manière ciblée les mesures (politique fiscale, permis, droits d’enregistrement, primes, garanties et prêts) et continuer à investir dans les infrastructures. Selon Embuild, davantage d’activité en construction et en rénovation ne soutient pas seulement le secteur : cela a aussi un impact positif sur le reste de l’économie et sur les recettes publiques.
Enjeux de politique publique : accès à la construction et prévisibilité
Bouwunie demande un taux de TVA réduit pour un logement familial moyen, afin de rendre la construction neuve plus accessible. Pour la rénovation, l’organisation plaide pour une adaptation de l’obligation de rénovation : les consommateurs devraient disposer de 10 à 15 ans pour rénover jusqu’au label énergétique B ou A, combinée à l’obligation de déposer et de suivre un plan de rénovation individuel dans les deux ans suivant l’achat.
Embuild concentre surtout son appel sur la mise en œuvre cohérente des leviers qui rendent possibles les investissements et l’activité : des permis et primes aux garanties et prêts, complétés par des investissements continus dans les infrastructures.